Jours 37 à 39 – Colombie – Carthagène des Indes
Dès mes premiers pas dans la ville de Carthagène des Indes, l’interpellation de mes sens me rappelle agréablement mon voyage quelques mois auparavant à travers la côte espagnole. L’architecture des bâtiments du centre-ville, l’ambiance sonore avec des musiques provenant de toutes les directions et se superposant les unes aux autres, les jeux de lumières tamisés pour faire ressortir les lieux historiques et de fête, la brise du soir qui tente de chasser la chaleur étouffante… Me voilà de retour en Andalousie !







Un brin d’histoire ne fait jamais de mal
La cité a une histoire assez similaire à Santa Marta (que j’ai pu visiter quelques semaines avant) mais jouera un rôle encore plus important dans le développement du pays et son histoire. Elle aurait d’ailleurs pu être la première ville de Colombie mais l’accès au fleuve à Santa Marta l’aura emporté.

Son port, notamment négrier, sera vite un point stratégique entre la métropole, les Caraïbes, le Mexique et le Pérou à l’heure de la colonisation. Tu le devines, elle connaîtra également nombreux assauts de pirates et d’autres nations. Vu les nombreuses richesses transitant par la ville, il est vite entrepris de créer le fort aujourd’hui connu sous le nom de San Felipe et 16 kilomètres de murailles en périphérie du centre-ville dont l’accès au port.

En 1811, alors que les États-Unis ont proclamé leur indépendance et que Napoléon ait décidé de prendre le contrôle de l’Espagne et du Portugal (parce qu’il aimait bien y aller pour les vacances mais que c’était toujours compliqué avec son passeport), les colonies ne sont plus gouvernées et c’est au départ par loyauté qu’elles proposent de s’auto-gouverner. Cela donne cependant des idées aux habitants de Carthagène dans le quartier de Getsemani. A l’initiative de 11 hommes, la ville se déclare indépendante en novembre.
Après 5 ans, le roi d’Espagne revient et veut reconquérir ses territoires. Il missionne Pablo Morino « le pacificateur » (un modèle pour Poutine) pour reprendre la cité sans utiliser la violence. Il décide de fermer la cité (facile avec des murailles). Le peuple refusant de se rendre aussi facilement, il entame une grève de la faim de 100 jours qui fera 400 victimes et donnera la réputation de résistante à sa population. C’est quelques années plus tard que Simon Bolivar permettra à la ville de gagner son indépendance avec celle du pays, en 1819.

Embourgeoisement et réappropriation culturelle
La ville se développera seulement une centaine d’année plus tard et à l’aube du XXIe siècle connaîtra un phénomène conséquent de gentrification. Dans le centre-ville historique et le quartier de Getsemani, les habitants se doivent de quitter leur habitation, les factures explosant et la ville étant devenue l’une des plus chères du pays avec un tourisme croissant. Il existe 6 niveaux de revenus en Colombie. Le niveau 1 paiera à un prix avantageux ses factures tandis que le niveau 6 un prix excessif. Intéressant mais cela cloisonne et rend difficile le passage à des niveaux supérieurs. Pour exemple, les quartiers cités auparavant sont passés entre 1 et 3 à 6 en quelques années.

Peut-être que lorsque je t’évoque Carthagène, cela t’évoque ces femmes en partie d’origine africaine ou caribéenne, aux larges robes portant les couleurs du drapeau de la ville et une corbeille de fruits sur la tête ? Les « palenqueras » sont en effet aujourd’hui devenu un symbole fort. Elles vivaient dans une banlieue proche construite par les anciens esclaves ayant fui leurs tortionnaires.. Si pendant un temps, faute de ressources, elles vendaient des fruits en déambulant dans la cité, c’est aujourd’hui en faisant payer la pose photo avec elles qu’elles sont devenues un symbole. Il faut savoir qu’elles ont même inventé leur langage, un mélange de créole et d’espagnol, pour s’entre-aider face à l’oppresseur.

















Aujourd’hui, le quartier de Getsemani est devenu très populaire notamment grâce à la réappropriation culturelle de ses habitants et la confrontation à son passé à travers l’art du graffiti. Un exemple assez récent avec les « falsos positivos » ou l’art de forcer l’atteinte d’objectifs de tuer des guérilleros. Durant huit années, faute d’en trouver beaucoup dans la région de Carthagène, de nombreux meurtres de civils sont commis par les militaires en échange d’une prime et de quelques jours de vacances. On compte 4 626 victimes mais on en suspecte plus de 6 000.
Chaleur, salsa et tentative de vol
A peine 48h dans la ville et face à la chaleur étouffante de la journée, l’expérience sera épuisante mais l’énergie qui se libère des rues et la rencontre de quelques autres touristes enjoués par leurs vacances aidera à en extraire sa saveur.
Et tant mieux car mon premier réveil à l’auberge de jeunesse sera quelques peu mouvementé avec un camarade de dortoir qui s’exclame « putain les gars, on m’a pris mon ordinateur, regardez vos affaires ». Effectivement, les conditions de dortoir ne sont pas toujours idéales, voire jamais. Sans parler de la climatisation à -500°C, des salles de bain partagées, du débit inexistant de la douche (ce genre de choses est important après une journée de voyage)… C’est l’importance de pouvoir se sentir en sécurité qui prime car la vigilance permanente est mentalement éprouvante. Aussi, les casiers ne sont pas toujours adaptés voire présents.

Cette nuit-là, j’ai pu mettre mon grand sac en sécurité mais pas mon petit sac à dos que je transporte constamment avec moi. Bien sûr, la nuit, mon téléphone est généralement en charge à côté de moi (en mode avion pour éviter les ondes, promis papa). Cette fois, ayant la flemme d’aller chercher mon chargeur, je décide de le garder sous l’oreiller et je mets mon petit sac entre mes jambes pour me permettre de dormir sur mes deux oreilles.
C’est le matin à la caméra que je découvre ce cordial colombien fouiller ma couche (ainsi que celle de bien d’autres) sans y être convié (et le consentement, doudou ?) pendant que je comate suite à la randonnée de Cerro Kennedy. Grâce à ma bonne étoile, ce sacripant, qui est revenu quelques fois à la charge (et je peux te dire que c’est assez rageant et intrusif comme expérience), n’a pas réussi à me prendre quoi que ce soit mais les autres n’auront pas eu tant de chance. Un doux rappel de la vigilance constante à avoir !
Me remettant de mes émotions, je parcours la ville et fais deux free walking tour (différents, faut pas abuser). Le premier soir, je retrouver quelques chouettes personnes rencontrées à l’auberge pour aller danser après un bref passage dans le jacuzzi (bonté divine, mes jambes et mes hanches m’en remercient). Jeudi 2 juin, avant de prendre mon bus pour ma prochaine destination, je profite de mon temps libre pour visiter le musée de l’Inquisition qui me rappelle à quel point l’Homme est ingénieux quand il s’agit d’être cruel et ce au nom de n’importe quel idéal ou croyance.








Allez, adieu la côte et sa chaleur et direction la Cordillère des Andes et Medellín, l’une des villes considérées les plus dangereuses au monde de 1991 à 2012 !

Un super recit dans la ville de carthagene des indes. J apprecie de suivre tes aventures. Bonne suite de voyage
Ah ça fait plaisir car j’ai galéré à le synthétiser vu le nombre d’infos… Heureux de savoir que c’est cohérent et appréciable et content de te savoir dans les parages, ça me fera plaisir de savoir comment tu vas avec Brindille et Lily via un petit audio Whatsapp à l’occaz 😉 !
Ce qui est bien c’est que t’es super rassurant dans tes annonces de future ville ^^
Allez fais attention à toi